S’il y a une statistique à laquelle j’aimerais avoir accès, c’est celle qui mesurerait combien de temps j’ai passé à me rendre malade pour des choses qui ne dépendaient pas de moi.
Combien d’énergie ai-je dépensée à stresser, m’énerver ou ruminer à propos de situations sur lesquelles je n’avais absolument aucune prise ?
Et si j’en crois mon expérience et celle des avocats que j’accompagne, je ne suis pas la seule.
Une grande partie du stress professionnel des avocats vient peut-être moins de la quantité de travail que de cette impression très particulière : ne pas vraiment contrôler son quotidien.
- Les délais judiciaires qui s’allongent.
- Les clients qui veulent des réponses toujours plus rapides.
- Les greffes qui ne répondent pas.
- Les urgences qui apparaissent au mauvais moment.
- Les décisions qui dépendent d’autres personnes.
- L’intelligence artificielle qui bouleverse les habitudes.
- Et, plus largement, un environnement économique, politique et social sur lequel nous avons très peu de prise.
Dans ces conditions, comment améliorer sa gestion du stress quand on est avocat ?
Peut-être en commençant par distinguer ce que l’on contrôle, ce que l’on peut influencer et ce qu’il faut accepter de ne pas contrôler.
Le stress de l’avocat vient aussi de ce sentiment d’impuissance
Le métier d’avocat comporte une particularité assez frustrante.
Vous pouvez travailler énormément et ne pas maîtriser le résultat ; préparer parfaitement un dossier et dépendre d’une décision de justice ; rappeler trois fois un greffe sans obtenir de réponse ; envoyer un mail parfaitement argumenté et attendre plusieurs jours une réponse ; expliquer dix fois une chose à un client et constater qu’il ne suit finalement pas votre recommandation.
Vous pouvez faire votre part du travail, et pourtant, une grande partie de ce qui se passe ensuite vous échappe.
C’est épuisant. Et lorsque l’on cherche à tout contrôler, la charge mentale devient rapidement énorme.
Quand on ne contrôle plus rien, on réagit de deux manières
Quand je me sens coincée, j’ai longtemps eu tendance à adopter l’une de deux stratégies.
Première réaction : lutter
Je me bats contre ce qui m’entoure : je cherche le numéro du greffe qui ne répondra pas, je relance encore, je m’énerve contre le retard, je cherche une solution à un problème qui ne peut pas être résolu immédiatement, je continue à pousser alors que, manifestement, le mur ne va pas bouger.
C’est un peu comme ramer contre le rivage au milieu d’une tempête. On dépense une énergie folle, mais on n’avance pas.
Deuxième réaction : se soumettre
L’autre possibilité consiste à laisser les autres décider : pour avoir la paix, ne pas faire de vagues, faire plaisir ou éviter un conflit.
C’est ce qui m’est arrivé toutes les fois où j’ai répondu aux mails des clients au lieu de rédiger mon acte. Ou toutes les fois où j’ai travaillé sur ce qui stressait mes collaborants plutôt que sur ce qui était réellement important.
À court terme, c’est plus confortable.
Mais à force de toujours laisser les urgences des autres passer avant ses propres priorités, on finit par perdre complètement la maîtrise de son quotidien.
Dans les deux cas, le résultat est similaire : beaucoup d’énergie dépensée et très peu de sentiment de contrôle.
Et si, pour la gestion du stress de l’avocat, la solution n’était ni de lutter ni de se soumettre ?
C’est là qu’une troisième option m’aide énormément, et aide aussi mes clients en coaching individuel. Je l’appelle : Ctrl Alt Suppr, elle est aussi connue sous le nom des cercles des préoccupations développée par Stephen Covey.
L’idée est simple et aide à la gestion du stress de l’avocat : lorsqu’une situation me met sous pression, je cherche à déterminer dans quelle zone elle se trouve.
Ctrl : ce que je contrôle
C’est ma zone de responsabilité. Ce qui dépend directement de moi :
- mes décisions ;
- mes actions ;
- mon organisation ;
- mes priorités ;
- mes limites ;
- ma manière de répondre ;
- mes réactions face aux événements.
C’est ici que se trouve ma véritable marge de manœuvre.
Si un client m’envoie dix mails dans la journée, je ne contrôle pas le fait qu’il ait envie de m’écrire, mais je contrôle ma réponse :
- répondre immédiatement.
- définir un délai de réponse.
- expliquer mon fonctionnement.
- facturer certaines demandes supplémentaires.
- décider que la relation ne me convient plus.
Ça, c’est Ctrl.
Alt : ce que je peux influencer
Ma zone d’influence est plus large. Elle comprend mes relations, mon environnement et les personnes avec lesquelles je travaille.
Je ne peux pas les contrôler, mais je peux essayer d’avoir un impact. Je peux proposer, négocier, expliquer, poser un cadre, chercher une solution commune.
Par exemple, je ne peux pas empêcher mes clients d’utiliser l’intelligence artificielle. Mais je peux leur proposer de définir ensemble les conditions dans lesquelles ils souhaitent l’utiliser dans notre relation.
Je peux essayer de trouver une zone d’entente, et accepter que cette négociation puisse échouer.
Ça, c’est Alt.
Suppr : ce que je dois laisser aller
Et puis il y a tout le reste.
Ce sur quoi je n’ai absolument aucun pouvoir d’action :
- Les décisions des autres.
- Le passé.
- Les délais d’une procédure.
- L’état de l’économie.
- Les décisions politiques.
- La météo.
- Le train que j’ai déjà raté.
- Le greffe qui ne répond pas.
Ça, c’est Suppr.
Cela ne signifie pas que ces événements ne sont pas importants. Cela signifie simplement que continuer à dépenser de l’énergie pour les modifier ne changera probablement rien.
La méthode Ctrl Alt Suppr pour mieux gérer son stress
Prenons un exemple très concret.
Votre client utilise une intelligence artificielle pour générer des documents et vous les transmet pour validation. Cela vous agace. Vous aimeriez qu’il arrête. Mais vous ne pouvez pas décider à sa place.
Suppr
Vous ne pouvez pas contrôler l’utilisation de l’IA par votre client. Vous cessez donc de dépenser de l’énergie à espérer qu’il arrête.
Alt
Vous pouvez en revanche lui proposer un cadre : « Voilà ce que j’accepte de relire. Voilà ce qui nécessite une validation préalable. Voilà les limites que je vous recommande de respecter. » Vous essayez d’influencer la situation.
Ctrl
Et si votre client ne respecte pas ce cadre ? Vous avez encore une marge de décision.
Vous pouvez laisser passer, adapter votre facturation, modifier votre organisation, ou décider que cette manière de travailler n’est pas compatible avec votre cabinet. C’est là que se trouve votre véritable liberté.
Le lâcher-prise ne consiste pas à tout accepter
C’est une nuance importante. On confond souvent lâcher prise et résignation.
Lâcher prise ne signifie pas : « Je ne peux rien faire, donc tant pis. »
Cela signifie plutôt : « Je vais arrêter de gaspiller mon énergie sur ce que je ne peux pas changer et la remettre là où elle peut être utile. »
C’est très différent :
- accepter qu’un tribunal ait du retard tout en relançant lorsque c’est nécessaire
- accepter qu’un client soit mécontent tout en posant vos limites.
- accepter qu’une décision vous échappe tout en préparant au mieux votre dossier.
- accepter que votre journée ne se déroule pas comme prévu tout en décidant de ce qui mérite encore votre attention.
Le lâcher-prise n’est donc pas une absence d’action. C’est une sélection de l’endroit où vous choisissez d’agir.
Comment reprendre le contrôle de son quotidien pour une bonne gestion du stress quand on est avocat ?
La prochaine fois qu’une situation vous met sous pression, essayez simplement de vous poser trois questions :
1. Est-ce que je peux agir directement ?
Si oui : Ctrl. Décidez de ce que vous allez faire.
2. Est-ce que je peux influencer la situation ?
Si oui : Alt. Proposez, négociez, expliquez, posez un cadre.
3. Est-ce que je n’ai absolument aucun pouvoir dessus ?
Si oui : Suppr. Acceptez de ne pas contrôler cette partie-là et économisez votre énergie.
Dans un métier où une grande partie de notre quotidien dépend de décisions, de délais et de comportements extérieurs à nous, cette distinction peut changer beaucoup de choses.
La zone de contrôle : une manière différente de penser son quotidien
Je ne crois pas que l’objectif soit de construire une vie professionnelle dans laquelle tout serait parfaitement sous contrôle. Ce serait impossible, et probablement assez ennuyeux.
L’objectif pour une bonne gestion du stress quand on est avocat est plutôt de savoir où placer son énergie, parce que notre zone de contrôle est finalement assez petite, mais elle existe, et elle est précieuse.
Nous ne pouvons pas toujours choisir ce qui nous arrive, nous pouvons davantage choisir ce que nous en faisons.
Alors, lorsque la prochaine tempête arrive, plutôt que de lutter contre tout ce qui vous entoure ou de vous laisser emporter par les contraintes des autres, essayez : Ctrl. Alt. Suppr. Un petit tamis mental pour ne garder que ce qui mérite vraiment votre énergie.


