Il y a une différence entre ne pas avoir envie d’aller travailler ce matin et se dire, depuis plusieurs mois : « Je ne veux plus être avocat. »
La première situation est assez banale. La seconde mérite qu’on s’y arrête.
Quand le dimanche soir devient difficile, que le réveil du lundi matin est de plus en plus pénible et que l’idée de retourner au cabinet provoque une véritable appréhension, la tentation est souvent de serrer les dents.
Après tout, c’est peut-être simplement une mauvaise période.
On a fait des années d’études. On a investi du temps, de l’argent et de l’énergie. On a construit une clientèle, une réputation, un cabinet. Et puis il y a le prêt immobilier, les enfants, les charges, les collaborateurs. On ne peut quand même pas tout envoyer balader.
Alors on retourne travailler.
Et on se dit : « Ça va passer. »
Ne plus avoir envie d’être avocat : est-ce forcément le signe qu’il faut une reconversion ?
Non. Et c’est probablement la première chose à rappeler.
Il est parfaitement normal de préférer la légèreté des vacances aux contraintes du travail. Il est normal d’avoir, certains matins, envie de rester au lit. Il est normal aussi de traverser des périodes de lassitude dans sa carrière d’avocat.
Le problème apparaît lorsque ce sentiment ne passe pas. Lorsque la difficulté à aller travailler devient récurrente. Lorsque vous devez chaque matin mettre en place des stratégies pour vous convaincre de continuer. Lorsque vous vous surprenez à penser régulièrement : « Je ne veux plus faire ce métier. »
À ce moment-là, la question n’est peut-être pas encore : « Dois-je forcément passer par une reconversion ? »
La première question est plutôt : « Qu’est-ce qui ne me convient plus dans ma vie professionnelle actuelle ? »
Pourquoi est-il si difficile de se poser la question d’une reconversion quand on est avocat ?
Parce qu’une carrière d’avocat représente rarement seulement un métier. Elle représente des années d’études, une identité professionnelle, des sacrifices, des investissements financiers, des relations construites au fil des années. Parfois un cabinet que l’on a créé soi-même, parfois des associés, des collaborateurs et des salariés qui dépendent de nous, et toute une représentation de ce que devait être notre vie professionnelle.
Alors remettre en question son métier peut donner l’impression de remettre en question tout ce qui a été construit jusque-là. C’est aussi pour cette raison qu’il est souvent plus facile de rester dans une situation insatisfaisante que d’ouvrir la porte à toutes les possibilités.
Le connu est inconfortable, mais le changement fait peur. Et tant que l’on ne regarde pas vraiment la situation en face, on peut continuer à avancer en mode automatique.
Rester dans sa zone de confort peut être plus facile que changer
J’ai moi-même fait deux rentrées à marche forcée avant de commencer à me questionner sérieusement sur mon métier. Parce que même lorsqu’une situation ne nous convient plus, la changer demande énormément d’énergie.
Il faut accepter de ne pas savoir, explorer d’autres possibilités, faire le tri entre ce que l’on veut conserver et ce dont on ne veut plus, et parfois prendre le risque de découvrir que la réponse n’est pas celle que l’on imaginait.
Alors on préfère parfois un mal connu à un avenir qu’il faut construire, surtout lorsque l’on a des responsabilités financières et familiales.
Mais il y a un coût à ne jamais se poser la question. C’est épuisant de traverser sa vie professionnelle en se forçant à avancer. À force d’éviter les questions qui fâchent, elles finissent par prendre de plus en plus de place.
Avant de quitter la profession d’avocat pour une reconversion, posez-vous ces questions
Si vous vous demandez actuellement si vous devez quitter votre métier d’avocat, je vous conseillerais de ne pas commencer par chercher immédiatement une nouvelle profession. Commencez par chercher ce qui vous pose problème aujourd’hui.
Qu’est-ce qui vous pèse réellement ?
Est-ce :
- le droit lui-même ?
- vos clients ?
- vos dossiers ?
- la pression ?
- les horaires ?
- la relation avec vos associés ?
- le management ?
- la solitude ?
- le manque de sens ?
- le rythme du cabinet ?
- la manière dont vous exercez votre métier ?
La réponse est importante, et n’aboutira pas forcément à une reconversion du métier d’avocat.
Parce que ne plus supporter sa manière actuelle d’exercer le métier ne signifie pas nécessairement ne plus vouloir être avocat. Vous pouvez être lassé de votre cabinet sans être lassé du droit. Vous pouvez être épuisé par vos clients sans être lassé de votre matière. Vous pouvez ne plus supporter le management sans vouloir quitter la profession. Et vous pouvez aussi découvrir que c’est bien le métier lui-même que vous ne voulez plus exercer.
Mais impossible de le savoir si vous ne prenez pas le temps de distinguer les différentes causes de votre malaise.
Et si vous n’aviez pas besoin de changer de métier ?
C’est précisément ce qui est arrivé à Jessica, une avocate que j’ai accompagnée dans le cadre d’un bilan de compétences. Elle nourrissait depuis longtemps une rancœur : celle de ne pas avoir pu devenir médecin.
À première vue, la conclusion semblait presque évidente. Elle devait changer de métier.
Nous avons donc exploré sérieusement cette possibilité. Et c’est justement en prenant cette idée au sérieux et en se confrontant au quotidien de ce métier qu’elle a découvert quelque chose d’important : pour rien au monde, elle ne voulait devenir médecin.
Le problème était ailleurs. Elle n’avait pas nécessairement besoin de quitter le droit, elle avait besoin de changer certaines choses dans sa façon de l’exercer.
Depuis, elle n’a pas changé de métier, mais elle a radicalement modifié sa manière de travailler.
Le bilan de compétences peut servir à bien plus qu’une reconversion
C’est aussi pour cette raison que je trouve intéressant de faire un bilan de compétences lorsqu’on traverse ce type de questionnement.
Pas pour obtenir immédiatement la liste des métiers que vous pourriez exercer, mais pour comprendre ce qui se joue réellement.
Un bilan peut permettre d’explorer plusieurs hypothèses : Continuer à exercer le même métier, autrement. Changer de cabinet, changer de spécialité, changer de statut, modifier son organisation, développer une activité différente, ou effectivement construire un projet de reconversion professionnelle.
L’objectif n’est pas de vous pousser vers la sortie, mais de vous permettre de choisir.
On ne trouve pas de réponse sans accepter de se poser la question
C’est probablement la conviction qui résume le mieux mon approche. Il est impossible de trouver des réponses sans se poser de questions.
Lever le voile sur ses doutes fait peur, parce qu’on ne sait pas ce qu’on va découvrir.
Mais une fois que les questions sont posées, quelque chose change : on peut enfin distinguer ce que l’on veut vraiment de ce que l’on croit devoir vouloir. On peut regarder son métier avec davantage de distance.
Et parfois, la réponse est une reconversion du métier d’avocat… ou pas.
On réalise que l’on aime toujours son métier, mais que l’on ne supporte plus certaines conditions dans lesquelles on l’exerce.
Dans les deux cas, le questionnement a été utile.
Rester ou partir : la bonne réponse est celle qui vous correspond
Il n’existe pas de bonne réponse universelle à la question : « Dois-je quitter la profession d’avocat ? »
Certains avocats ont besoin de partir, d’autres ont besoin de changer de cabinet, d’autres encore ont besoin de réinventer leur manière d’exercer. Et certains ont simplement besoin de retrouver du sens dans un métier qu’ils aiment toujours.
Le plus important est donc de ne pas prendre une décision uniquement pour faire cesser l’inconfort immédiat. Avant de changer de métier, cherchez à comprendre ce qui vous pousse à vouloir le quitter. C’est cette compréhension qui vous permettra de faire un choix réellement éclairé. Et peut-être de découvrir que la question n’était pas : « Quel métier dois-je faire à la place d’avocat ? » mais : « De quelle vie professionnelle ai-je réellement envie ? »
Vous ne voulez plus être avocat ? Commencez par vous poser les bonnes questions
Si vous êtes avocat et que vous pensez à la reconversion, changer de cabinet, modifier votre manière d’exercer ou vous reconvertir, vous n’avez pas forcément besoin d’avoir déjà la réponse.
Vous pouvez commencer par explorer la question. C’est précisément le travail que je propose dans mes accompagnements et mes bilans de compétences pour avocats.
Ne prenez pas votre malaise comme une réponse. Prenez-le comme une question.


