Procrastination des avocats : ce que votre manque d’envie veut vous dire

Pendant longtemps, j’ai cru que certaines personnes étaient simplement plus disciplinées que d’autres.

Elles arrivaient à faire ce qu’elles avaient prévu, même lorsqu’elles n’en avaient pas envie. Elles respectaient leurs objectifs, tenaient leurs engagements et semblaient avancer sans trop se poser de questions.

Et puis je me suis formée au coaching.

J’ai découvert que des professionnels brillants, engagés et travailleurs peuvent passer des semaines à repousser un projet pourtant important pour eux : refaire leur site internet, développer leur clientèle, préparer une prise de parole, recruter, avoir une conversation difficile avec un collaborateur, réfléchir à l’avenir de leur cabinet.

Non pas parce qu’ils étaient paresseux, mais parce que quelque chose les empêchait d’avancer.

La procrastination n’est pas un manque de volonté des avocats

Lorsqu’un avocat reporte systématiquement une tâche importante, son premier réflexe consiste souvent à se juger. Il se reproche son manque de discipline, sa mauvaise organisation, son incapacité à se mettre au travail.

Pourtant, la réalité est généralement plus complexe.

Les personnes que j’accompagne ne manquent pas de volonté. Elles gèrent des dossiers exigeants, assument des responsabilités importantes et travaillent souvent bien davantage que la moyenne.

Le problème n’est donc pas leur capacité à agir, le problème est que certaines actions déclenchent autre chose qu’un simple effort. Elles réveillent une émotion, une peur, un doute, une incertitude.

Et c’est souvent cela qui ralentit le passage à l’action.

Ce qui se cache derrière la procrastination des avocats

Prenons un exemple classique.

Un avocat souhaite développer sa clientèle grâce à LinkedIn. Il sait que cela pourrait être utile pour son activité. Il a même prévu plusieurs créneaux dans son agenda.

Pourtant, les semaines passent et rien n’est publié.

Vu de l’extérieur, cela ressemble à un manque de motivation.

Dans les faits, il est fréquent de découvrir autre chose : la peur d’être jugé par ses confrères, le sentiment de ne pas avoir de légitimité particulière à prendre la parole, la crainte de ne pas être à la hauteur ou encore l’incertitude quant à l’utilité réelle de l’effort demandé.

La tâche visible n’est pas le problème. Le problème est ce qu’elle active intérieurement.

C’est pourquoi les méthodes de productivité atteignent souvent leurs limites. Elles cherchent à résoudre une difficulté d’organisation alors que l’obstacle est parfois émotionnel ou relationnel.

Écouter ce que la résistance cherche à dire

Les avocats ont tendance à considérer la procrastination comme un comportement qu’il faudrait combattre.

Je crois qu’elle est souvent un signal.

Elle nous indique qu’un besoin mérite d’être regardé.

Parfois, ce besoin est simplement du repos. De nombreux avocats évoluent dans un niveau de fatigue qu’ils considèrent comme normal alors qu’il est déjà préoccupant.

Il peut s’agir d’un manque de clarté. Il est difficile d’agir lorsque l’on ne sait pas exactement ce que l’on cherche à obtenir.

Parfois encore, il s’agit d’un conflit intérieur. Une partie de nous souhaite avancer tandis qu’une autre cherche à nous protéger d’un risque perçu.

Dans ces situations, se forcer fonctionne rarement longtemps. On peut évidemment se mettre un coup de collier pendant quelques jours. Mais cette stratégie devient vite coûteuse lorsqu’elle constitue le seul mode de fonctionnement.

Retrouver le sens avant de chercher la motivation

Lorsqu’un sujet résiste, j’invite souvent mes clients à revenir à une question très simple : Pourquoi est-ce important pour moi ?

Pas pourquoi cela serait raisonnable. Pas pourquoi il faudrait le faire. Pourquoi eux ont envie de le faire.

Cette nuance change beaucoup de choses.

Les projets qui avancent durablement sont rarement ceux qui reposent uniquement sur la culpabilité ou la discipline. Ils s’appuient généralement sur quelque chose de plus profond : une envie, une valeur ou une vision.

Un avocat qui prend la parole parce qu’il souhaite contribuer à son domaine d’expertise aura souvent davantage d’énergie qu’un avocat qui publie uniquement parce qu’il estime qu’il faut être visible.

Un associé qui recrute pour construire le cabinet qu’il souhaite transmettre avancera plus facilement qu’un associé qui recrute uniquement parce qu’il se sent débordé.

Le sens ne remplace pas l’effort, mais il le rend beaucoup plus soutenable.

Les sujets que l’on repousse sont souvent les plus importants

Il existe une autre observation que je retrouve fréquemment dans les accompagnements : les tâches que les avocats reportent le plus ne sont pas toujours les moins importantes. Les urgences sont traitées, les clients sont rappelés, les échéances sont respectées.

En revanche, les sujets structurants attendent :

  • La réflexion stratégique
  • Le développement de clientèle
  • Le management
  • La délégation
  • L’évolution de carrière

Tous ces sujets qui n’explosent pas immédiatement lorsqu’on les reporte mais qui façonnent pourtant la trajectoire professionnelle sur plusieurs années.

Apprendre à regarder ce qui génère la procrastination des avocats sur ces sujets est souvent beaucoup plus utile que chercher à devenir plus discipliné.

Et si la question n’était pas de se forcer ?

Face à une difficulté à agir, nous nous demandons souvent comment nous motiver davantage.

Une question différente peut parfois être plus utile : Qu’est-ce qui rend cette action si difficile aujourd’hui ?

La réponse n’est pas toujours confortable. Elle peut parler de fatigue, de peur, de manque de confiance ou d’un projet qui n’a plus vraiment de sens. Mais c’est souvent à cet endroit que le changement devient possible.Car la plupart des avocats n’ont pas besoin d’apprendre à travailler davantage, ils savent déjà très bien le faire.

Ils ont surtout besoin d’apprendre à écouter ce qui, parfois, les empêche d’avancer.

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Noréa Thomas

coach pour avocats
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Je suis Noréa THOMAS, coach professionnelle certifiée après avoir été avocate pendant 7 ans.

Depuis 2020, j’accompagne les avocats à trouver une posture juste, et leurs cabinets à transformer leurs dynamiques collectives.

Je ne crois pas aux recettes miracles.

Je crois aux métamorphoses, pour ancrer des pratiques durables de sérénité, d’affirmation, de prise de recul et de qualité du lien professionnel.

Vous en voulez encore?