Quand je demande à mes clients ce qui les empêche aujourd’hui de prendre leur place dans leur activité, la réponse est rarement un manque de compétence.
La plupart sont d’excellents professionnels. Ils maîtrisent leur matière, leurs clients sont satisfaits, leurs dossiers avancent. Pourtant, beaucoup ont le sentiment de devoir fournir davantage d’efforts que les autres pour être reconnus à leur juste valeur.
C’est particulièrement vrai chez certaines catégories d’avocats : les femmes, les personnes racisées, les personnes en situation de handicap ou atteintes d’une maladie chronique, mais aussi tous ceux qui ont le sentiment de ne pas correspondre à l’image traditionnelle de l’avocat.
Derrière cette réalité se cache une question que j’entends souvent en coaching : Comment se faire respecter comme avocat lorsqu’on a l’impression de devoir sans cesse faire ses preuves ?
Pourquoi certains avocats doivent davantage démontrer leur valeur
La profession a profondément évolué ces dernières décennies. Elle s’est féminisée. Elle s’est diversifiée. Les parcours sont plus variés qu’auparavant.
Pour autant, certaines inégalités persistent.
Les études menées au sein de la profession montrent que les discriminations liées au genre, à l’origine, à l’état de santé ou encore à l’apparence physique restent présentes dans les cabinets et dans les relations professionnelles.
Mais le plus difficile n’est pas toujours la discrimination explicite. Le plus difficile est souvent beaucoup plus subtil.
Ce sont ces petites idées reçues qui circulent encore :
- l’associé qui suppose qu’une collaboratrice sera moins disponible après une maternité
- le client qui fait davantage confiance à un avocat correspondant aux codes traditionnels de la profession
- le doute silencieux face à une personne dont le parcours ou l’apparence sort des standards habituels.
La plupart du temps, personne ne formule clairement ces pensées. Elles influencent pourtant les comportements.
Et elles créent chez certains professionnels l’impression de devoir démontrer davantage leur crédibilité avant même de pouvoir montrer leurs compétences : une crise de légitimité permanente chez l’avocat.
Quand la légitimité devient une charge mentale pour l’avocat
À force de rencontrer ces résistances, même discrètes, beaucoup d’avocats finissent par intégrer une idée dangereuse : « Je dois être irréprochable. »
Cette croyance entraîne souvent les mêmes comportements :
- travailler davantage que nécessaire
- avoir peur de commettre la moindre erreur
- hésiter avant de prendre la parole
- retarder certaines décisions importantes
- éviter de demander davantage d’honoraires
- douter de sa capacité à développer sa clientèle
- repousser des projets pourtant réalistes.
Au fil du temps, le problème ne vient plus seulement du regard des autres. Il devient intérieur.
Les préjugés extérieurs finissent par se transformer en autocensure.
Je rencontre régulièrement des avocats qui disposent de toutes les compétences nécessaires pour franchir une étape de leur développement professionnel mais qui restent bloqués parce qu’ils ne se sentent pas encore assez légitimes.
Comme s’il fallait obtenir une autorisation invisible avant d’oser avancer.
Le piège de la surperformance
La stratégie la plus fréquente consiste à travailler plus : plus de dossiers, plus d’heures, plus de perfection, plus de contrôle.
L’idée est simple : « Si je suis excellent, personne ne pourra me contester. » Toujours cette question l’avocat qui doit être parfait pour avoir une légitimité.
Le problème, c’est que cette logique ne connaît jamais de fin, parce qu’il existe toujours quelqu’un de plus expérimenté : un dossier qui aurait pu être mieux traité, une erreur possible, une nouvelle preuve à apporter.
La recherche permanente de validation devient alors épuisante, et paradoxalement, elle empêche souvent les avocats concernés de prendre les risques nécessaires pour développer leur activité.
Comment se faire respecter comme avocat sans s’épuiser
La bonne nouvelle, c’est qu’il est possible de sortir progressivement de ce mécanisme.
Pas en niant les difficultés réelles qui existent dans la profession, mais en reprenant du pouvoir sur ce qui dépend de vous.
Identifier l’origine du doute
Lorsque vous remettez en question votre légitimité, posez-vous une question simple : Ce doute vient-il d’un manque réel de compétence ou d’une peur du regard des autres ? La réponse n’est pas toujours confortable, mais elle est souvent éclairante.
Séparer ce que vous faites de ce que vous êtes
Une erreur, un dossier difficile ou une décision imparfaite ne définissent pas votre valeur professionnelle. Confondre performance et identité est l’un des meilleurs moyens de nourrir un sentiment d’illégitimité durable.
Développer votre propre style
Les avocats les plus respectés ne sont pas nécessairement ceux qui ressemblent le plus à la norme. Ce sont souvent ceux qui ont appris à utiliser leurs particularités comme une force. La légitimité de l’avocat dépend de votre manière de communiquer, votre parcours, votre sensibilité ou votre histoire, qui peuvent devenir des atouts différenciants auprès de vos clients.
Chercher des modèles
Il existe aujourd’hui de nombreux avocats qui ont réussi sans suivre les chemins traditionnels. Les observer permet souvent d’élargir sa vision de ce qui est possible.
Parler avec d’autres professionnels
L’une des expériences les plus libératrices consiste à découvrir que d’autres vivent exactement les mêmes difficultés. Ce qui semble être une faiblesse personnelle est souvent une expérience largement partagée.
Se faire respecter commence par se reconnaître soi-même
Beaucoup d’avocats attendent inconsciemment que leur environnement valide enfin leur valeur : un client important, une association, une nomination, une reconnaissance institutionnelle.
Pourtant, cette validation n’arrive jamais complètement.
La véritable bascule intervient souvent lorsqu’ils cessent de considérer leur légitimité comme quelque chose à obtenir, et commencent à la considérer comme quelque chose qu’ils possèdent déjà.
Se faire respecter comme avocat ne consiste pas à prouver sans cesse sa valeur. Cela consiste à exercer avec suffisamment de confiance pour ne plus avoir besoin de convaincre tout le monde. Et cette confiance se construit bien plus facilement lorsqu’on arrête de porter seul le poids de la preuve.
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Image : https://lesaf.org/la-lettre/octobre-2025/combattre-les-discriminations-dans-la-profession-davocat%C2%B7e-lengagement-nest-plus-une-option/


