Développer son cabinet d’avocat sans avoir peur de manquer d’argent

Si vous êtes avocat, il y a de fortes chances qu’une partie de vous ait choisi cette profession avec une promesse implicite : celle de ne plus avoir à vous inquiéter pour l’argent.

Pourtant, même après plusieurs années d’exercice, même avec une activité qui tourne, même avec une trésorerie confortable, beaucoup d’avocats continuent à vivre avec une inquiétude de fond:

  • Et si ça s’arrêtait ?
  • Si les dossiers se raréfiaient ?
  • Si je recrutais trop tôt ?
  • Si je dépensais au mauvais moment ?

Cette peur du manque est normale. Le problème n’est pas qu’elle existe. Le problème, c’est lorsqu’elle commence à piloter vos décisions à votre place.

Pourquoi la peur de manquer d’argent est fréquente chez l’avocat

L’avocat est un entrepreneur.

Même lorsqu’il exerce au sein d’une structure solide, il reste confronté à une réalité que beaucoup de salariés connaissent moins : ses revenus dépendent directement de l’activité :

  • L’environnement économique change.
  • Les réformes changent.
  • Les attentes des clients changent.
  • Le marché change.

Et certaines décisions extérieures peuvent avoir un impact immédiat sur un cabinet :

  • une réforme qui réduit certains contentieux
  • une crise économique qui ralentit les investissements
  • une instabilité politique qui reporte des opérations importantes
  • une évolution du marché qui modifie les besoins des clients.

Cette incertitude fait partie du métier.

C’est pourquoi beaucoup d’avocats développent naturellement un réflexe de prudence. Ils cherchent à sécuriser, à anticiper, à constituer de la trésorerie, à éviter les dépenses inutiles.

Cette prudence est saine. Jusqu’à un certain point.

Quand la prudence devient un frein au développement du cabinet

Au fil des accompagnements que je réalise, j’observe souvent le même phénomène.

Des avocats brillants attendent toujours le fameux « bon moment » :

  • davantage de trésorerie avant d’embaucher.
  • plus de visibilité avant d’investir.
  • davantage de clients avant d’améliorer leurs outils.
  • plus de temps avant de déléguer.

Et ce fameux moment n’arrive jamais vraiment. Parce qu’en réalité, le problème n’est pas financier.

Le problème est émotionnel.

Lorsque la peur de manquer d’argent est forte chez l’avocat, aucun montant ne paraît suffisant, aucun niveau de sécurité ne semble garantir l’avenir.

Alors l’avocat continue à tout faire lui-même, à reporter les recrutements, à conserver des outils inadaptés, à s’épuiser pour éviter de prendre un risque.

Paradoxalement, c’est souvent cette stratégie qui fragilise le plus le cabinet sur le long terme.

Développer son cabinet d’avocat nécessite d’accepter une part d’incertitude

Ce que beaucoup cherchent à travers l’accumulation de trésorerie n’est pas vraiment de l’argent. L’avocat cherche un moyen de contrôler sa peur de manquer d’argent.

Le problème, c’est qu’aucun niveau de trésorerie ne permettra de contrôler totalement l’avenir. Personne ne peut prévoir toutes les crises, toutes les réformes, tous les imprévus.

La véritable sécurité ne repose donc pas uniquement sur le montant présent sur votre compte professionnel. Elle repose aussi sur votre capacité à faire face.

Un cabinet résilient est un cabinet qui :

  • dispose d’une trésorerie raisonnable
  • entretient son développement commercial
  • investit régulièrement dans ses compétences
  • s’appuie sur des personnes de confiance
  • utilise des outils efficaces
  • préserve l’énergie de ceux qui le font fonctionner.

Autrement dit, la sécurité se construit autant par les investissements réalisés que par l’argent conservé.

Pourquoi investir est souvent plus sécurisant qu’économiser

Beaucoup d’avocats voient encore l’investissement comme une prise de risque. Pourtant, certains investissements réduisent justement les risques futurs :

  • Une assistante permet de libérer du temps.
  • Un logiciel performant améliore l’efficacité.
  • Une formation prépare aux évolutions du marché.
  • Un recrutement évite l’épuisement.
  • Une action de développement commercial réduit la dépendance à quelques clients.

L’objectif n’est évidemment pas de dépenser sans réfléchir, mais d’arrêter d’opposer systématiquement sécurité et investissement.

Les deux peuvent parfaitement aller ensemble.

Alors, qu’est-ce qu’on fait ?

Si vous sentez que la peur de manquer d’argent influence certaines de vos décisions en tant qu’avocat, voici quelques pistes concrètes.

Définissez ce que signifie réellement « assez »

Beaucoup d’avocats poursuivent un objectif flou : avoir plus de trésorerie, de sécurité ou de marge. Mais combien exactement ?

Déterminez le niveau de trésorerie qui vous permet réellement de dormir sereinement. Une fois ce seuil atteint, décidez à l’avance ce que vous ferez du surplus.

Pensez en investissement plutôt qu’en dépense

À chaque projet, posez-vous une question simple : Cet investissement va-t-il me faire gagner du temps, de l’énergie ou de l’argent dans un an ? Si la réponse est oui, il mérite probablement d’être étudié sérieusement.

Réservez un budget dédié au développement

Consacrer chaque année une part fixe de votre chiffre d’affaires aux investissements et à la formation permet d’éviter la sensation de « taper dans les réserves ». Vous créez ainsi une enveloppe spécifiquement destinée à préparer l’avenir.

N’attendez pas l’épuisement pour recruter

Le recrutement est souvent envisagé lorsque la surcharge est déjà devenue insupportable. À ce stade, il est souvent trop tard.

L’intégration d’une nouvelle personne demande du temps, de l’énergie et de la disponibilité. Anticiper permet de grandir plus sereinement.

Investissez dans votre résilience

La meilleure protection contre l’incertitude reste votre capacité à vous adapter, vous former, développer votre réseau, préserver leur énergie, être accompagné, apprendre à déléguer. Tout cela constitue un capital aussi précieux qu’un compte bancaire bien rempli.

La vraie question n’est pas combien vous possédez

La peur de manquer d’argent ne disparaît jamais complètement quand on est avocat, surtout si on a son propre cabinet. Elle fait partie de la vie entrepreneuriale.

La question n’est donc pas : comment ne plus avoir peur ? La question est plutôt : Comment continuer à avancer malgré cette peur ?

Car les cabinets qui se développent durablement ne sont pas ceux qui attendent d’être totalement rassurés. Ce sont ceux qui construisent progressivement leur capacité à faire face à l’incertitude. Et cette capacité-là vaut souvent bien plus que quelques mois de trésorerie supplémentaires.

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Image : “Le cri”, Edvard Munsch, 1893, Musée national de l’Art, de l’Architecture et du Design, Oslo

Noréa Thomas

coach pour avocats
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Je suis Noréa THOMAS, coach professionnelle certifiée après avoir été avocate pendant 7 ans.

Depuis 2020, j’accompagne les avocats à trouver une posture juste, et leurs cabinets à transformer leurs dynamiques collectives.

Je ne crois pas aux recettes miracles.

Je crois aux métamorphoses, pour ancrer des pratiques durables de sérénité, d’affirmation, de prise de recul et de qualité du lien professionnel.

Vous en voulez encore?