Équilibre vie pro / vie perso chez l’avocat : le piège du métier passion

Il y a quelque temps, une cliente me racontait avec enthousiasme le développement de son cabinet.

L’activité était en pleine croissance. Les dossiers arrivaient. Les clients étaient satisfaits. Elle avait le sentiment de construire exactement la carrière qu’elle avait toujours souhaitée.

Puis elle a ajouté :

« Je dors très peu en ce moment. Mais c’est normal. C’est le prix à payer quand on fait un métier passion. »

Cette phrase m’est restée en tête, parce qu’elle est extrêmement répandue chez les avocats.

Nous acceptons facilement l’idée qu’un métier que l’on aime justifie davantage de sacrifices qu’un autre. Comme si l’intérêt intellectuel, le sentiment d’utilité ou le plaisir d’exercer devaient nécessairement s’accompagner d’une forme de surinvestissement.

Or cette croyance n’est pas sans conséquence.

Pourquoi le métier d’avocat est souvent vécu comme une passion

Peu de professionnels choisissent leur métier avec autant de conviction que les avocats.

Le droit attire des personnes qui aiment comprendre, analyser, convaincre et résoudre des problèmes complexes. Beaucoup évoquent également le goût de défendre, d’accompagner ou d’être utiles à leurs clients.

Cette dimension est précieuse.

Elle nourrit l’engagement, la curiosité et l’envie d’apprendre. Elle donne du sens à des journées parfois exigeantes et permet de traverser des périodes difficiles.

Dans les accompagnements que je réalise, il est rare de rencontrer des avocats totalement désengagés de leur métier. Même lorsqu’ils sont fatigués ou en questionnement, ils restent souvent profondément attachés à ce qu’ils font.

Le problème n’est donc pas la passion.

Le problème apparaît lorsque cette passion devient le principal critère à partir duquel nous évaluons nos choix professionnels.

Quand la passion brouille les limites

L’une des particularités des métiers d’aide est qu’ils rendent les limites plus difficiles à poser.

Lorsqu’un client est en difficulté, il est tentant de répondre à son appel tard le soir.Quand un dossier est important, il paraît logique de travailler un peu plus longtemps. Si notre équipe compte sur nous, nous avons envie d’être présents.

Pris isolément, ces comportements ne sont pas problématiques. Ils le sont lorsqu’ils deviennent la norme.

Car la passion possède une caractéristique particulière : elle fait oublier aux avocats leurs équilibre vie pro vie perso, et augmente considérablement notre tolérance à ce qui nous ferait réagir dans d’autres contextes:

  • nous acceptons plus facilement la fatigue
  • nous repoussons davantage nos besoins personnels
  • nous considérons certaines situations comme normales alors qu’elles nous coûtent en réalité beaucoup d’énergie.

Dans les cabinets d’avocats, cette tendance est souvent renforcée par la culture professionnelle elle-même. Être débordé est parfois perçu comme un signe de réussite. La disponibilité permanente peut être valorisée. Le dépassement de soi est fréquemment présenté comme une qualité.

Progressivement, il devient difficile de distinguer ce qui relève de l’engagement et ce qui relève du sacrifice.

Ce que le métier passion peut finir par coûter : votre équilibre vie pro vie perso en tant qu’avocat

Lorsque toute la place est occupée par le travail, le risque n’est pas seulement l’épuisement.

Bien sûr, certaines situations conduisent au burn-out.

Mais il existe des formes plus discrètes d’usure professionnelle : la perte d’enthousiasme, la lassitude, le sentiment d’exercer en pilote automatique., l’impression que ce métier que l’on aimait tant est devenu une source de contraintes plus qu’un espace d’épanouissement.

C’est un paradoxe que j’observe régulièrement : les avocats les plus engagés sont parfois ceux qui finissent par se sentir les plus éloignés du plaisir qu’ils trouvaient autrefois dans leur exercice.

Non parce qu’ils ont cessé d’aimer leur métier, mais parce qu’ils ont cessé de prendre soin d’e la personne qui l’exerce.’eux, en oubliant en tant qu’avocat leur équilibre vie pro/vie perso

Repenser la réussite professionnelle

Beaucoup d’avocats ont appris que réussir impliquait de travailler davantage, d’être plus disponible et de supporter davantage de pression.

Cette vision atteint aujourd’hui ses limites.

La réussite durable ne dépend pas uniquement du volume de travail fourni. Elle dépend aussi de la capacité à préserver son énergie, sa qualité de présence et sa capacité de réflexion.

Un avocat épuisé conseille moins bien. Un associé qui ne s’accorde aucun espace de récupération manage plus difficilement son équipe. Un professionnel qui n’a plus de place pour lui-même finit souvent par perdre le recul dont ses clients ont pourtant besoin.

Prendre soin de soi n’est donc pas un luxe ou une récompense que l’on s’accorde lorsque tout est terminé. C’est une condition de la qualité de l’exercice professionnel.

Comment retrouver un rapport plus équilibré à son métier

Le premier pas consiste souvent à réhabiliter une question simple : « De quoi ai-je besoin aujourd’hui pour bien exercer mon métier ? »

Nous avons davantage l’habitude de nous demander ce que nos clients attendent, ce que notre cabinet attend ou ce que notre équipe attend. Beaucoup moins ce qui nous permet, à nous, de rester engagés dans la durée.

Cela peut passer par des limites plus claires avec certains clients, par une réflexion sur la charge de travail, par une meilleure répartition des responsabilités, par des temps de récupération réellement respectés, ou simplement par le fait de reconnaître qu’aimer son métier ne signifie pas devoir lui donner toute la place.

L’objectif n’est pas de réduire son ambition ou son engagement. L’objectif est de construire une manière d’exercer qui reste soutenable dans le temps.

Car les avocats qui durent ne sont pas nécessairement ceux qui donnent le plus à leur métier. Ce sont souvent ceux qui ont compris qu’ils ne peuvent prendre durablement soin de leurs clients, de leurs collaborateurs ou de leur cabinet qu’à condition de prendre également soin d’eux-mêmes.

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Image : l’Ecole d’Athènes (Raphaël, 1508-1512)

Noréa Thomas

coach pour avocats
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Je suis Noréa THOMAS, coach professionnelle certifiée après avoir été avocate pendant 7 ans.

Depuis 2020, j’accompagne les avocats à trouver une posture juste, et leurs cabinets à transformer leurs dynamiques collectives.

Je ne crois pas aux recettes miracles.

Je crois aux métamorphoses, pour ancrer des pratiques durables de sérénité, d’affirmation, de prise de recul et de qualité du lien professionnel.

Vous en voulez encore?